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Jeux & technologies

Technologies des années 80 : le numérique entre au foyer

Des appareils distincts préparent une même idée : chacun peut transporter, consulter, enregistrer ou programmer.

Des appareils distincts préparent une même idée : chacun peut transporter, consulter, enregistrer ou programmer.

Vous tendez l'oreille : dans le métro des années 80, chaque voyageur est seul avec sa bande-son. C'est la révolution silencieuse du baladeur à cassettes (né au Japon au tournant de la décennie), vendu avec un casque léger et une paire de piles. Pour la première fois de l'histoire, la musique devient un cocon transportable : la ville devient un clip, la marche une chorégraphie intime. Le baladeur change même les manières, on salue d'un signe de tête, un casque sur les oreilles ; on grave des compilations pour les gens qu'on aime, artisanat sentimental dont notre playlist reste l'héritière directe.

Le Minitel, l'Internet français avant l'Internet

Pendant que le monde s'accorde sur les protocoles d'un futur réseau académique, la France prend une avance spectaculaire et solitaire. Au début des années 80, l'administration des télécommunications distribue gratuitement à ses abonnés un terminal beige à écran rétroéclairé, clavier replié sous l'écran : le Minitel. On y consulte l'annuaire électronique : tuant d'un coup l'annuaire papier : , on y réserve ses billets de train, on y suit la bourse, on y fait ses courses de Noël, et surtout on y discute : les messageries rendent les standards de connexion très occupés et défrayent la chronique familiale.

Le Minitel est la preuve éclatante qu'un pays entier peut adopter un service en ligne, en nuance du récit qui voudrait que la France ait tout raté. Il faudra le débarquement du Web, une douzaine d'années plus tard, pour que la toile mondiale remplace ce réseau national aux écrans gris-bleu ; ses usages (banque, réservation, petites annonces, conversation anonyme) sont exactement ceux, avec trente ans d'avance, de nos écrans actuels.

L'ordinateur entre à la maison

Les micro-ordinateurs à clavier caoutchouc

Première vague, au début de la décennie : des machines modestes au clavier à membrane, branchées sur le téléviseur familial, vendues avec un langage de programmation dans la mémoire morte. On les branche un soir de Noël, on tape sa première instruction, et une génération découvre qu'un écran peut obéir. Les revues de programmes se vendent en kiosque ; l'on recopie des lignes entières, à l'erreur de frappe près : l'ordinateur personnel comme artisanat patiemment recopié.

Les machines à souris et la bataille des salons

Deuxième vague, à la fin de la décennie : les ordinateurs à fenêtres et souris s'affrontent dans les cours de récré comme des drapeaux. L'une, beige et gracieuse, séduit les familles et les écoles ; l'autre, anguleuse, devient l'arme des joueurs : ses jeux d'action nourrissent la culture arcade du dossier jeux vidéo. Les imprimantes à aiguilles crachent leurs listes ; la disquette remplace la cassette dans les foyers équipés.

Les objets oubliés

Le panthéon des technologies 80 compte aussi ses oubliettes : le baladeur à disques compacts, trop sensible aux secousses ; la montre à calculatrice, prodige de la décennie précédente déjà démodée ; l'appareil photo à développement instantané, roi des anniversaires ; le téléphone de voiture, luxe de cadre commercial. Tous racontent la même leçon : la technologie ne retient que ce que le quotidien adopte : et le quotidien des années 80, on le voit à ces objets, avait un appétit d'ogre.

Le monde analogique résiste

Le monde analogique résiste

Car les années 80 ne sont pas qu'écrans : le téléphone reste attaché au mur du couloir, le répondeur est une merveille de ruban magnétique, le télécopieur colonise les bureaux, la pellicule exige trente-six poses réfléchies. Le magnétoscope, roi du salon, permet enfin de décaler le temps, sa guerre des formats se termine en victoire éclatante de la cassette familiale, dont les méandres sont racontés dans le dossier cinéma.

Relus depuis nos smartphones, ces objets dessinent une leçon : la révolution numérique n'est pas née du tout-puissant, mais du modeste et du domestique (un casque), une cassette, un terminal beige, un clavier en caoutchouc. La suite, nous la connaissons ; mais c'est bien là, entre 1980 et 1989, qu'elle a été définitivement enclenchée.

Pour prolonger

La page Sources et repères présente les catalogues et institutions utilisés pour vérifier les dates, supports et contextes. Notre méthode éditoriale explique la différence entre fait documenté, analyse et souvenir.